Élections présidentielles en Autriche : un scrutin sans précédent

25 mai 2016

International

Les élections présidentielles en Autriche ont eu lieu ce dimanche 22 mai et ont vu pour la première fois la victoire d’un président écologiste : Alexander Van der Bellen. Ces élections ont connu un retentissement phénoménal et ont occupé la une des journaux européens pendant plusieurs jours. Pourquoi ont-elles représenté un enjeu crucial pour l’Autriche comme pour toute l’Europe ?

Alexander Van der Bellen (Photo: AFP)

Alexander Van der Bellen (Photo: AFP)

 Le système politique autrichien

Il faut rappeler le système politique de l’Autriche : il s’agit d’un État fédéral doté d’un régime parlementaire. Le Parlement est composé du Conseil National (Le Nationalrat) avec 183 députés élus pour 5 ans au suffrage universel direct selon une formule de représentation proportionnelle et du Conseil Fédéral (Le Bundesrat) qui comprend 58 sénateurs élus par les Parlements des Länder (les états fédéraux, au nombre de 9), ces deux chambres détiennent le pouvoir législatif.

Le chancelier fédéral est nommé par le président et confirmé par le Nationalrat, il dirige le gouvernement fédéral. Il coordonne le travail des ministres et assure la représentation du gouvernement devant le Parlement et l’opinion publique mais ne dispose pas d’un pouvoir de directive sur ses ministres. Son influence politique dans les coalitions dépend de la force de son groupe parlementaire. Actuellement, le chancelier fédéral est Christian Kern, du Parti social-démocrate d’Autriche.

Le président fédéral, quant à lui est élu au suffrage direct pour un mandat de 6 ans renouvelable une fois, il dispose d’un pouvoir exécutif aux côtés des membres du gouvernement, des secrétaires d’État, et des représentants régionaux. Il a surtout des fonctions de représentation : sur le plan protocolaire il est le premier personnage de l’État devant le président du Conseil national, et le chancelier fédéral. Les élections du président fédéral d’Autriche ont eu lieu les dimanches 24 avril et 22 mai derniers.

Le contexte

Autriche (Capture d'écran de Google Maps)

Autriche (Capture d’écran de Google Maps)

L’Autriche, située au centre de l’Europe (voir carte ci-dessus), connait depuis peu une montée du nationalisme et du Parti libéral d’Autriche nommé le FPÖ, un parti d’extrême droite qui peut être considérée comme l’égal du Front National. Ce parti prend de l’importance grâce, notamment, à son discours pessimiste sur l’arrivée des migrants qui quittent les pays en guerre. Le FPÖ joue sur la peur de l’étranger, mais aussi sur un chômage en hausse. Ceux qui y adhèrent ne croient plus au fonctionnement de la coalition gauche-droite au pouvoir depuis 1945, ni à l’intérêt de rester au sein de l’Union européenne.

Il s’avère paradoxalement que L’Autriche n’est pas parmi les pays les plus touchés par le chômage. En effet, selon Eurostat (données de mars 2016), l’Autriche bénéficie, du quatrième taux de chômage le plus bas de l’Union européenne, celui-ci s’élève à 5,8%. Pourtant, les deux candidats du second tour des présidentielles affirment que le chômage est un problème massif qui doit être réglé d’urgence. Jacques Pezet analyse ce phénomène dans « Libération »: à l’intérieur du pays le chômage est perçu comme un problème majeur puisque les méthodes de calcul pour référencer les chômeurs sont différentes (on ne prend pas en compte les mêmes critères) et que le taux de chômage a connu une augmentation constante au cours de la dernière mandature présidentielle.

Un premier tour marqué par l’usure des partis traditionnels

L’extrême droite est arrivée en tête du premier tour de l’élection présidentielle, dimanche 24 avril, en Autriche. Le candidat du Parti libéral d’Autriche (Freiheitliche Partei Österreichs, FPÖ), Norbert Hofer, a recueilli 36,4 % des voix, ce qui est le meilleur résultat de cette formation depuis la seconde guerre mondiale.

La surprise de ces élections ne s’arrête pas là : pour la première fois, un écologiste se hisse au second tour : Alexander Van der Bellen a recueilli 20,4 % des suffrages. Ce dernier s’est présenté en tant que candidat indépendant mais avec le soutien des Verts (Die Grünen), dont il était le chef de file. Irmgard Griss, candidate indépendante arrive derrière ce duo avec 18,5 %. Rudolf Hundstorfer, le candidat du Parti social-démocrate (Sozialistische Partei Österreich, SPÖ), et le conservateur Andreas Khol, du Parti populaire (Österreichische Volkspartei, ÖVP, la droite conservatrice), sont éliminés, avec 11,2 % des voix chacun. Ces deux partis se partageaient le pouvoir depuis 1945: L’ancien président fait d’ailleurs partie du SPÖ : Heinz Fischer a brigué deux mandats, de 2004 à 2016. Ils ont fait l’objet d’un vote protestataire. Un changement de chancelier a été opéré de l’entre-deux tours, un socio-démocrate en a remplacé un autre: c’est Christian Kern qui a pris le relais de Werner Faymann, ce dernier ayant annoncé sa démission après la débâcle du premier tour.

Le coude-à-coude  

Alexander Van der Bellen (à gauche) et Norbert Hofer (à droite) : un duel inédit

Alexander Van der Bellen (à gauche) et Norbert Hofer (à droite) : un duel inédit

Avec une participation en hausse par rapport au premier tour (72% de taux de participation, pour 68% au premier tour), le candidat écologiste Alexander Van der Bellen est finalement élu, il devance son adversaire d’extrême-droite Norbert Hofer de quelques 31 000 voix sur 4,6 millions, soit 50,3 % des voix. Aucun des candidats éliminés n’avait publiquement appelé à voter pour lui mais il a tout de même bénéficié d’un report massif des électeurs qui ne voulaient pas voir l’extrême droite au pouvoir, ce qui lui a permis de triompher malgré son retard de plus de 15 points au premier tour.

Le vote s’est joué sur le fil, les candidats se sont départagés grâce au vote par correspondance, celui des Autrichiens de l’étranger, qui représente environ 14% des scrutins. C’est pour cela que les résultats n’ont pu être connus que le lundi 25 mai en fin d’après-midi : peu après 16 heures, avant que la déclaration officielle du ministère de l’Intérieure ne paraisse, Norbert Hofer a reconnu sa défaite sur Facebook : «Chers amis, je vous remercie pour votre immense soutien. Bien sûr, je suis triste aujourd’hui. J’aurais aimé m’occuper pour vous de notre merveilleux pays en tant que président. (…) Mais ne cédez pas. L’investissement dans cette campagne n’est pas perdu, il servira pour l’avenir. »

Et après ?

Malgré sa défaite, le FPÖ peut se vanter d’avoir accédé pour la première fois au second tour, et d’avoir remporté un réel succès au sein des électeurs. La moitié des Autrichiens est prête à voter pour l’extrême-droite, ce qui marque une volonté de rejet du système politique traditionnel.

Même si le président fédéral a une charge surtout représentative et qu’il ne peut dissoudre le parlement que sur proposition du gouvernement, il dispose du pouvoir discrétionnaire de démettre le gouvernement. En cas de victoire de Norbert Hofer, le pays devait s’attendre à une crise politique mais le nouveau président écologiste a fait le choix de ne pas renverser le gouvernement, il conserve son rôle honorifique. Alexander Van der Bellen l’avait promis : la grande coalition est maintenue au pouvoir, les perdants du premier tour gouvernent donc toujours. 2018 est la prochaine grande échéance pour les Autrichiens avec les élections législatives. Après avoir frappé fort ces dernières semaines, le FPÖ vise déjà le poste de chancelier en 2018, en essayant d’élargir au maximum son électorat.

Ces élections ont révélé de fortes fractures au sein de la population autrichienne: les habitants des villes se sont tournés en majorité vers le candidat écologiste tandis que ceux des campagnes ont préféré l’extrême droite. Dans sa première intervention après son élection, Alexander Van der Bellen a affirmé vouloir « gagner la confiance des électeurs de Norbert Hofer », il se dit conscient des lignes de séparation qui fracturent le pays mais pense que « les bonnes solutions doivent être trouvées ensemble ».

Il faut désormais observer les conséquences d’une telle prise d’importance de l’extrême-droite en Autriche, mais également dans l’Europe toute entière.

H. Radisson

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