Le Venezuela : un pays en crise(s)

4 juin 2016

International

Le Venezuela est plongé aujourd’hui dans une crise totale : scandales politiques, pauvreté, manque de nourriture… tout est réuni pour que le peuple descende dans la rue. Le pays entier est profondément touché et des divisions se forment.

 

Manifestation au Venezuela. (AFP)

Manifestation au Venezuela. (AFP)

Le Venezuela

Si on pense actuellement aux richesses pétrolières lorsqu’on évoque le Venezuela, premier pays du Monde en terme de stock de pétrole, le pays ne s’est pas toujours distingué par cette ressource. Bref rappel de l’histoire de ce pays d’Amérique latine.

A l’époque précolombienne, le territoire du pays que l’on nomme aujourd’hui le Venezuela abrite une grande diversité de peuples, les Caraïbes par exemple, chaque peuple parle une langue qui lui est propre. La colonisation espagnole débute peu après la découverte du territoire vénézuélien par Christophe Colomb lors de son 3ème voyage, en 1498.

C’est à la fin du 18e siècle que les mouvements révolutionnaires se développent, avec une figure phare : celle de Simon Bolivar, dont le pays garde encore les traces puisque sa dénomination actuelle est « République bolivarienne du Venezuela ». Le pays proclame son indépendance en 1811, s’ensuivent des répressions et une reprise du pouvoir par la Couronne espagnole.

La guerre civile ou guerre fédérale prend la suite d’une période de dictature : elle oppose les conservateurs aux fédéralistes. Cette guerre donne lieu à la période du libéralisme jaune : Antonio Guzman Blanco modernise profondément le pays et laïcise l’Etat.

Le pays connaît alors plusieurs dictatures militaires. En 1935, à la mort du dictateur Juan Vicente Gomez, qui avait fait exploiter les ressources pétrolières, une ouverture démocratique commence à naitre.

En 1945, après le renversement de la dictature du général Medina Angarita, Rómulo Betancourt, du parti de l’Action démocratique (AD), devient président du Venezuela. Il est reversé peu de temps après par une révolte de l’armée. Pérez Jiménez dirige alors le pays en instaurant une nouvelle dictature. Il est à son tour renversé en 1958 par l’ancien président Betancourt. De 1958 à 1998 s’ensuit au pouvoir une alternance de présidents de deux partis : l’Action Démocratique (AD) et le Parti social-chrétien (COPEI) : Raúl Leoni (AD), Rafael Caldera Rodríguez (COPEI), Carlos Andrés Pérez (AD), Luis Herrera Campins (COPEI), Jaime Lusinchi (AD) puis de nouveau Carlos Andrés Pérez, et enfin Rafael Caldera.

Hugo Chavez, président du pays de 1998 à 2013.

Hugo Chavez, président du pays de 1998 à 2013.

Hugo Chavez, représentant des partis de gauche, est un militaire qui avait tenté un coup d’état contre Carlos Andrés Perez en 1992. Il est le fondateur du « Movimiento Bolivariano Revolucionario 200 » un mouvement d’inspiration socialiste. Il parvient à la tête du pays en 1998,et est ensuite réélu plusieurs fois. Son projet était de procéder à une restructuration sociale et d’aider les plus démunis grâce aux rentes pétrolières mais beaucoup de Vénézuéliens sont déçus de ses années à la tête du pays et lui reprochent de ne pas avoir redistribué les mannes financières pourtant très importantes. Une grande partie de la population s’est trouvée dans une situation paradoxale de pauvreté lors que le pays connaissait de fortes entrées d’argent. A sa mort en 2013, il laisse place à son successeur, Nicolas Maduro. Ce dernier est ensuite élu par le peuple, mais la contestation monte, jusqu’à  atteindre la situation actuelle.

Quelles crises traverse le pays aujourd’hui ?

Manifestation au Venezuela. (Reuters)

Manifestation au Venezuela. (Reuters)

 Le Venezuela est frappé par une crise politique, une crise économique et une crise sociale. Ces crises ont bien sûr des liens de corrélation, et le pays donne l’impression d’une véritable implosion.

Une des causes de la situation actuelle que traversent les Vénézuéliens est la baisse des revenus pétroliers due à la chute du cours du pétrole, cette dernière a contribué à ruiner l’Etat : c’est une crise économique. En effet, l’économie du Venezuela est basée sur le pétrole et son exploitation : il s’agit même d’une monoexportation (le pétrole constitue l’ensemble des exportations du pays). Le pays s’est même trouvé dans la situation paradoxale d’être contraint à importer du pétrole. Au sein du peuple en colère une question se pose : Où est passée la rente pétrolière de ces dernières années ?

crisis

Il faut ajouter à cet effondrement du cours du pétrole une sécheresse qui a frappé le pays et qui a pour conséquence l’incapacité du pays à répondre à la demande d’énergie. Les habitants connaissent alors des coupures d’électricité quotidiennes. Une crise sociale en découle : émeutes et pillages se multiplient, la population ne peut plus subvenir à ses besoins, le mécontentement est grandissant. Les violences se multiplient dans la rue, les habitants font des heures de queue pour avoir accès aux produits qui ont d’ailleurs connu une très forte hausse des prix (l’inflation au Venezuela est la plus forte au Monde, voir chiffres ci-dessus).

La queue devant un supermarché à Caracas. (AFP)

La queue devant un supermarché à Caracas. (AFP)

La dernière crise est politique : les chavistes ont perdu l’appui populaire, qui est la base de leur électorat. Ne pouvant plus redistribuer la rente pétrolière, le parti au pouvoir s’est vu perdre l’appui des classes défavorisées qui ont besoin de ces ressources pour vivre. Le gouvernement actuel a donc perdu sa légitimité politique, d’où la volonté d’une partie de la population de le reverser : les élections législatives de décembre l’ont illustré puisque la coalition d’opposition a remporté la majorité des sièges (66% des voix) pour la première fois depuis 16 ans.

Manifestation des opposants au gouvernement à Caracas le 25 mai 2016. (AFP)

Manifestation des opposants au gouvernement à Caracas le 25 mai 2016. (AFP)

La situation profite donc à l’opposition, qui a décidé d’obtenir la destitution du président Nicolas Maduro. Les manœuvres de ce dernier ont contribué à susciter la colère du peuple : le 13 mai, Nicolas Maduro a prolongé de trois mois l’état d’«urgence économique » qui avait été mis en place à la mi-janvier malgré le désaccord du Parlement. Cette mesure permet de donner plus de pouvoir au gouvernement dans les domaines de la sécurité et de la distribution énergétique et alimentaire, il autorise l’exécutif à disposer des biens du secteur privé pour garantir l’approvisionnement des produits de base. Le président contesté a également prolongé l’ « état d’exception » : il s’est octroyer des pouvoirs élargis en invoquant des « menaces extérieures ».

Le président Maduro, contesté par une grande partie de la population.

Le président Maduro, contesté par une grande partie de la population.

Et après ?

Le Venezuela n’est pas le seul pays d’Amérique latine qui connaît un retour de la droite : l’Argentine par exemple a élu Mauricio Macri le 10 décembre 2015. A chaque fois que la gauche est arrivée au pouvoir dans cette région du Monde, le régime a été autoritaire, comme cela a été le cas à Cuba par exemple.

Le peuple Vénézuélien qui est aujourd’hui dans la rue espère qu’une autre gestion du pays est possible et que ces appels de détresse vont être entendus. En attendant, le parti au pouvoir fait la sourde oreille : le conseil national électoral a reporté une nouvelle fois une réunion prévue avec l’opposition. Les autorités électorales devaient valider ou rejeter les 1,8 million de signatures présentées par l’opposition en faveur du référendum pour révoquer le président Nicolas Maduro.

Le référendum révocatoire avait déjà été utilisé en 2004 contre Hugo Chavez et s’était soldé par un échec. Aujourd’hui, malgré le processus long et les contraintes (le référendum doit être organisé avant le 10 janvier 2017 pour pouvoir provoquer de nouvelles élections), l’opposition compte bien arriver à ses fins grâce à l’appui majeur d’au moins sept Vénézuéliens sur dix pour destituer Nicolas Maduro.

H. Radisson                      

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