Brexit : la fin d’une histoire

25 juin 2016

Europe

Au terme d’un référendum, les Britanniques ont décidé d’une sortie de l’Union Européenne.

Au terme d’un référendum, les Britanniques ont décidé d’une sortie de l’Union Européenne.

A la question « Le Royaume-Uni doit-il rester un membre de l’Union Européenne ou quitter l’Union Européenne ? », ils ont choisi à 51.9% la seconde proposition : jeudi 23 juin 2016, plus de la moitié des Britanniques a fait le choix de mettre fin à l’histoire commune entre Royaume-Uni et Union Européenne, une histoire qui a débuté il y a 43 ans. Retour sur cette intégration parfois difficile et sur les causes de cette sortie historique, les résultats connus dans la nuit du vendredi 24 juin apportent un constat évocateur : c’est la première fois que l’Union Européenne est amenée à se réduire.

Le Royaume-Uni et l’Union Européenne : une histoire tumultueuse                       

Le Royaume-Uni.

Le Royaume-Uni.

Il faut d’abord rappeler que le Royaume-Uni est l’Etat qui comprend la Grande Bretagne (Angleterre, Ecosse et Pays de Galles) et l’Irlande du Nord.

Les Britanniques sont toujours restés assez en retrait et n’ont jamais voulu s’intégrer totalement dans l’Union. La Communauté Européenne du Charbon et de l’Acier (CECA) est le tout premier pas de la construction européenne, il s’agit d’une association strictement économique, créée en 1951. Le Royaume-Uni refuse d’y entrer : ils y voient une atteinte à la souveraineté du pays et un risque pour leurs relations commerciales avec les pays membres du Commonwealth.

La Communauté Economique Européenne (CEE) est créée en 1957 avec le Traité de Rome. Pour la concurrencer, le Royaume-Uni organise en 1960 l’Association européenne de libre-échange (AELE), aux côtés de six autres pays (Norvège, Suède, Danemark Suisse, de l’Autriche et du Portugal), une alternative moins contraignante que la CEE mais qui ne rencontre que peu de succès. Le Royaume-Uni adhère à la CEE en 1973 après deux demandes, refusées par la France de De Gaulle, en 1961 et 1967, le président estimait que le Royaume-Uni était trop tourné vers les Etats-Unis et que cette intégration porterait atteinte à des mesures communes comme la Politique Agricole Commune.

En 1986, la construction européenne poursuit son cours, l’Acte Unique Européen organise la réalisation d’un marché unique, qui serait bénéfique pour les pays membres pour plusieurs raisons : le développement rapide des échanges entre les pays, l’augmentation du PIB et de l’emploi, les économies d’échelle permettant de réduire les coûts et les prix, l’augmentation du pouvoir d’achat des ménages qui en résulte etc.

Lors du Traité de Maastricht en 1992, la CEE devient l’Union Européenne. L’engagement du pays au sein de l’UE demeure partiel, il n’est pas rentré dans la zone euro et possède un statut particulier au sein des accords de Schengen.

L’UE n’a cessé d’accueillir de nouveaux pays, jusqu’à atteindre 28 membres avant le référendum britannique du 23 juin. Ces élargissements successifs rendent la concertation politique toujours plus compliquée et accroissent la diversité des situations économiques.

Les causes du « Brexit »

David Cameron, membre du parti Conservateur et pro-européen, a remporté en 2015 les élections législatives, avec une très grande majorité pour son parti, ce qui était inattendu. Il avait promis d’organiser un référendum de sortie de l’UE en cas de victoire. L’organisation du référendum est une réponse aux protestations montantes du parti d’extrême-droite (UKIP : The UK Independence Party) et du parti Conservateur (le parti est divisé, près de la moitié des conservateurs est en faveur du Brexit).

Depuis le traité de Lisbonne et l’article 50 du traité de l’Union européenne, un Etat peut faire le choix, de manière unilatérale, de quitter l’UE. Les référendums ne sont pas une pratique courante au Royaume-Uni, seuls deux autres référendums ont été organisés (sur la question du maintien du pays dans l’UE en 1975 et sur le mode de scrutin à la chambre des communes en 2011).

David Cameron, Premier Ministre chef de file du camp « IN » pour que le Royaume-Uni reste dans l’UE.

David Cameron, Premier Ministre chef de file du camp « IN » pour que le Royaume-Uni reste dans l’UE.

Deux camps font campagne depuis l’annonce du référendum. Le camp « Remain » (rester dans l’UE) : les arguments en faveur de l’UE sont ceux de la sécurité nationale, de l’économie, et de l’influence britannique dans toute l’Europe. Pour les pro-européens, le Royaume-Uni est plus fort au sein de l’Union Européenne que seul.

Boris Johnson, ancien maire de Londres, partisan d’une sortie de l’UE

Boris Johnson, ancien maire de Londres, partisan d’une sortie de l’UE

Le camp « Leave » (quitter l’UE) promet qu’une sortie de l’UE permettrait d’améliorer l‘économie et l’emploi, de sécuriser les frontières et d’augmenter le contrôles locaux. Les partisans d’une sortie de l’UE affirment que le Royaume-Uni serait soumis aux décisions de Bruxelles. Ils ont également pour thème majeur l’immigration, ils jouent sur la peur et affirment qu’une sortie de l’UE permettrait un contrôle plus ferme des immigrations.

Cette campagne a été entachée par l’assassinat de la députée travailliste Jo Cox le 16 juin par un nationaliste. Elle défendait ardument le maintien du Royaume-Uni dans l’UE. Une trêve de deux jours a été observée en signe de deuil.

Les résultats

 

Reuters.

Reuters.

Le « Leave EU » a obtenu 51.9% des voix, soit 2.8% de plus que le « Remain EU ». Les Britanniques ont donc décidé de quitter l’Union. La participation a été supérieure à 72% (plus de 30 millions relecteurs ont voté), un record pour le pays.

On observe des disparités au sein de ces votes : les jeunes ont en majorité voté pour rester dans l’UE tandis que les plus âgés se sont tournés vers une sortie de l’UE. La tendance se retrouve au niveau géographique : dans les milieux urbains, la volonté du maintien est majoritaire tandis que dans les milieux ruraux, c’est le « Leave » qui l’emporte. De grandes fractures se retrouvent également entre les quatre nations qui composent le Royaume-Uni (voir après), elles n’ont en effet pas le meme attachement à l’Union.

Après le « Brexit »

Ondes de choc sur les marchés financiers après les résultats du référendum.

Ondes de choc sur les marchés financiers après les résultats du référendum.

Le jour des résultats du scrutin, la livre s’est effondrée face au dollar et à l’euro pour atteindre son niveau le plus bas depuis 30, l’euro a également connu une baisse. Les marchés se sont effondrés, en Asie notamment, et les Bourses européennes ont chuté. Cette sortie de l’UE place les marchés dans une grande incertitude, d’où la nécessité rappelée par les dirigeants européens de négocier au plus vite la sortie du Royaume-Uni.

La victoire du « Leave » au référendum ne rend pas la décision effective : des négociations doivent s’engager entre l’UE et l’Etat membre afin d’aboutir à un accord fixant les conditions de son retrait et ses relations futures avec l’UE. Ensuite, le Conseil de l’Union européenne statue à la majorité qualifiée après approbation du Parlement européen. L’accord doit être conclu dans un délai de deux ans.

Si l’Angleterre et le Pays de Galles ont majoritairement voté pour la sortie, on peut voir un plus grand attachement à l’Union Européenne pour l’Irlande du Nord et l’Ecosse, qui se traduit par un vote majoritaire de « Remain » dans ces deux nations. On observe donc une divergence de vision avec l’Angleterre. Les grandes villes anglaises comme Londres et Manchester ont également voté en majorité pour rester dans l’UE.

Capture d’écran Twitter de Jean-Philippe de Tonnac : en rouge les lieux où le « Leave » est majoritaire, en bleu ceux où le « Remain » est majoritaire.

Capture d’écran Twitter de Jean-Philippe de Tonnac : en rouge les lieux où le « Leave » est majoritaire, en bleu ceux où le « Remain » est majoritaire.

Ces résultats peuvent relancer la volonté d’indépendance de ces nations. En Ecosse, le « in » a remporté 62%, et l’on se voit déjà réclamer un nouveau référendum d’indépendance, après celui de 2014 où le « non » l’avait emporté à 55% des voix. Il faut rappeler que lors du précédent référendum, une des raisons du vote contre l’indépendance était celle de rester dans l’UE, mais maintenant que le Royaume-Uni a décidé d’en sortir, l’Ecosse devra être indépendante pour espérer pouvoir entrer à nouveau dans l’UE.

En Irlande du Nord, le Sinn-Fein qui codirige le gouvernement a appelé à un referendum pour une Irlande unifiée après les résultats du 23 juin. Beaucoup voient d’ailleurs le Brexit comme une matérialisation des frontières entre l’Irlande du Nord et la République d’Irlande : des postes de frontières devront être construits puisqu’il s’agit désormais d’une frontière entre l’Union Européenne et un Etat non membre.

Le Royaume-Uni sera un « pays tiers » pour l’UE, n’ayant plus accès au marché intérieur : « Les sociétés de services, les industries britanniques vont perdre leur accès privilégié au marché intérieur. Elles paieront l’intégralité des droits de douane. Les banques perdront leur passeport européen pour s’installer et opérer partout dans l’UE », explique le juriste Jean-Claude Piris pour Le Monde. Il tentera de nouer de nouvelles relations avec l’Union, comme un accord de libre-échange par exemple.

Le Premier ministre David Cameron et sa femme Samantha devant le 10 Downing Street à Londres le 24 juin 2016.

Le Premier ministre David Cameron et sa femme Samantha devant le 10 Downing Street à Londres le 24 juin 2016.

Il s’agit là de la défaite de tous ceux qui ont défendu l’idée d’un Royaume-Uni plus fort au sein de l’UE, mais il s’agit aussi de la défaite d’un homme, David Cameron, lui qui avait demandé ce vote, et qui n’a cessé d’avertir des dangers d’une sortie de l’Union Européenne.

Le réveil fut difficile pour 48% des Britanniques vendredi dernier, et à 8h30, au 10 Downing Street, c’est l’un d’eux, leur Premier Ministre, qui s’est exprimé : David Cameron a insisté sur le fait que l’organisation d’un référendum n’était pas une idée prise à la légère, il a félicité les deux camps, dressé un bilan positif de ses 6 années à la tête du gouvernement britannique puis a annoncé, ému, qu’il quitterait ses fonctions avant octobre pour laisser place à un nouveau Premier Ministre afin de démarrer les négociations avec l’Union Européenne. Un dernier regard à l’assemblée de journalistes, et il rentre chez lui, par la même porte par laquelle il était sorti. L’Europe compte désormais 27 membres, mais pour combien de temps ?

H.Radisson

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