Une solution pour l’Espagne ?

7 juillet 2016

Europe, Opinion

Felipe González Márquez, président du gouvernement espagnol de 1982 à 1996 et ancien secrétaire général du parti socialiste (PSOE) s’exprime à propos de la situation politique de l’Espagne dans un édito paru le 7 juillet dans le quotidien espagnol El Pais. Il appelle au dialogue entre Parti Populaire (PP) et PSOE et à la nécessité d’une investiture rapide, pour l’intérêt de tous.

Felipe Gonzalez

Felipe Gonzalez

Une situation politique bloquée

Il faut restituer le contexte : l’Espagne n’est pas arrivée à dégager de majorité lors des élections législatives du 20 décembre 2015, ce qui a donné lieu à de nouvelles élections le 26 juin 2016. Même credo au terme de ces deuxièmes élections, aucune majorité ne se dégage. « L’Espagne sans tête », comme le titre Le Monde deux semaines après les premières élections, est une expression qui semble très bien résumer la situation : l’Espagne n’a pas de gouvernement depuis maintenant huit mois. Le bipartisme a touché à sa fin, le PP (Parti Populaire, de Mariano Rajoy, droite) et le PSOE (Parti Socialiste Ouvrier Espagnol, de Pedro Sanchez, gauche) ont dû laisser un peu de place à des partis émergents. Leur importance s’accroit au sein d’une population qui ne croit plus aux partis traditionnels. Au sein du paysage politique espagnol, Ciudadanos (centre-droit) et Podemos (extrême-gauche) possèdent depuis peu un poids important (même si Podemos n’a pas atteint le succès qu’il s’était fixé), de quoi bouleverser la situation du pays et la rendre encore plus complexe : entre alliances et mésalliances, certains partis défendent l’indépendance de la Catalogne, d’autres non, les divergences sont nombreuses et arriver à des accords est devenu très difficile, comme le montrent les dernières élections et les semaines qui les ont suivies.

Un appel à l’acte

En prenant appui sur l’immense écrivain espagnol Gabriel Garcia Marquez et son roman Chronique d’une mort annoncée où le narrateur dévoile l’issue de l’histoire dès le début tout en réussissant à capter le lecteur jusqu’au bout, Felipe González l’affirme : tous les responsables politiques connaissent l’issue de ce blocage politique, ou plutôt ce qui n’adviendra pas : il n’y aura pas de troisièmes élections, il faut alors que l’investiture soit faite au plus vite et c’est bien l’Espagne qui souffre de cette attente. Les hommes politiques doivent donc prendre leur responsabilité et accepter de travailler avec les autres partis pour arriver à fonder un gouvernement. Selon l’ancien président du gouvernement espagnol, huit mois ont déjà été perdus, il faut apporter une réponse positive et rapide à la question : « l’investiture, dès que possible ? » posée d’emblée par Felipe González. Les forces politiques qui ne peuvent pas former de gouvernement doivent arrêter de faire obstacle à sa constitution.

 « Il n’est pas possible que ce que nous vivons depuis le 20 décembre continue, encore plus maintenant que le PP a obtenu 14 députés supplémentaires aux dernières élections et que l’alternative se fait presque impossible. ».

Rajoy doit remplir son rôle

Mariano Rajoy

Mariano Rajoy

Felipe González rappelle alors la responsabilité de Mariano Rajoy, président du gouvernement par intérim :

« Il est celui qui doit proposer aux forces politiques les bases fondamentales de son programme de gouvernement. Il est celui qui doit essayer de conclure un accord avec les plus proches ou les moins incompatibles, en incluant les concessions que tout accord comporte. ». 

Il condamne l’attitude d’attente de la plupart des dirigeants. Selon lui, tous les thèmes devront être abordés par le candidat à l’investiture : question territoriale, modèle éducatif, politique européenne après le Brexit, accueil des réfugiés… Si une chose est sûre pour Felipe González, c’est que la situation que traverse l’Espagne va déboucher sur un rôle qui relève plus de la représentation pour le Parlement, un dialogue sera donc plus que jamais nécessaire entre les instances législatives et le gouvernement devra respecter ses obligations de contrôle permanent du Parlement. 

Les difficultés d’un accord

Felipe González évoque ensuite son âge et son expérience pour montrer que sa priorité est l’intérêt général de l’Espagne et qu’il n’a aucun intérêt politique d’où son incitation à l’action. C’est précisément pour cela qu’il affirme que le PSOE ne peut et ne doit pas entrer en coalition avec le PP. La solution serait alors un « gouvernement du PP » ou un « gouvernement à la tête duquel est le PP ». Quant aux autres forces en présence, elles ne sont pas prêtes à faire des renoncements : Podemos refuse d’appuyer le PSOE, Ciudadanos refuse de se joindre au PP. Un gouvernement minoritaire (qui ne dispose pas de la majorité absolue au Parlement) n’est donc pas à exclure.

 « C’est au Parti Socialiste seul de se positionner sur des propositions concrètes ».

Mariano Rajoy, Pedro Sanchez, Albert Rivera et Pablo Iglesias.

Mariano Rajoy, Pedro Sanchez, Albert Rivera et Pablo Iglesias.

L’ancien leader socialiste conclut sur le fait qu’une proposition de candidat sera nécessaire dès que le parlement se sera constitué, pour que ce « confus chapitre de la démocratie espagnole » soit clôt. Il apporte donc une réponse à sa question : il doit y avoir une investiture avant que le mois de juillet ne se termine, ou dans les premiers jours du mois d’août. L’Espagne retrouvera-t’elle sa tête cet été ?

Hippolyte Radisson, d’après un article d’El Pais.

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