« Tout est encore possible pour la gauche en 2017 »

7 octobre 2016

France, Interview, Politique

Jean-Luc Bennahmias, président du Front démocrate et co-président de l'Union des démocrates et des écologistes

Jean-Luc Bennahmias, président du Front démocrate et co-président de l’Union des démocrates et des écologistes

Beaucoup estiment que le vainqueur de la primaire de la droite sera le prochain président. Jean-Luc Bennahmias, candidat aux primaires de la gauche, explique à « Décryptages » pourquoi rien n’est encore joué.                      

Décryptages : Pensez-vous que la gauche n’a aucune chance pour 2017 comme on l’entend en ce moment ?

Jean-Luc Bennahmias : Il faut être devin pour dire qui peut gagner en 2017. Si l’on en croit les sondages, la gauche n’est pas la mieux placée. En revanche, quand on regarde un autre sondage*, 48 % des Français déclarent se sentir proche de la gauche. Tout est donc possible.

D : Pourquoi un jeune qui voterait pour la première fois en 2017 vous choisirait  ?

JLB : Je crois, même si j’ai 61 ans, être en correspondance avec nombre de phénomènes perceptibles dans la jeunesse. Au niveau culturel notamment. J’étais par exemple la semaine dernière au festival « Marsatac » à Marseille sur les musiques nouvelles. J’y vais parce que j’aime ça. Par ailleurs, j’ai un regard sur le monde sportif en général. Un regard participatif : dimanche dernier encore, je courais un 10 kilomètres.

D : Quelles sont les autres raisons qui font que vous êtes proche de la jeunesse ?

JLB : Je suis depuis 40 ans un anti-prohibitionniste convaincu. Je défends la légalisation contrôlée du cannabis. Je ne dis pas que tous les jeunes fument, ce serait débile, mais un certain nombre le font, tout comme des gens plus âgés d’ailleurs. De plus, je suis souvent intervenu en tant que député européen dans les lycées et facultés. A partir de 16 ans à peu près, les jeunes sont des adultes en formation. Ils sont doués d’un cerveau donc d’une aptitude à réfléchir et à évoluer dans la société, contrairement à ce qu’on peut penser ici ou là. Voilà pourquoi je crois être en capacité de répondre à la jeunesse.

D : Ce sont les deuxièmes primaires ouvertes de l’histoire de la gauche en France, pourquoi est-ce important de passer par des primaires ?

JLB : Le système des partis historiques tel qu’on l’a connu est un système en totale déstabilisation. Il est discrédité aux yeux d’une énorme partie de la population. Le fait qu’il y ait des primaires élargit les possibilités pour les citoyens d’exprimer une position. Ça ne répond pas à tout, ça ne change pas tout. Mais le fait qu’on dépasse le cadre des quelques centaines de milliers d’adhérents des partis politiques permet une plus grande expression publique.

D : Vous vous êtes toujours engagé pour l’écologie, chez les Verts d’abord, à l’Union des démocrates et des écologistes aujourd’hui, comment faire pour que l’écologie arrive au centre du débat ?

JLB : L’écologie, contrairement à ce que pensent mes amis Verts que j’ai dirigés pendant 5 ans, a pollinisé l’ensemble de la société de manière absolument incroyable en 40 ans. Je dirais au sens gramscien du terme que la majorité culturelle que l’on voulait atteindre a été atteinte. Nos concitoyens ont pour la plupart une bonne compréhension de la collecte sélective et des transports doux (vélos, transports collectifs…). Je pense que les circuits courts en agriculture, c’est-à-dire le fait d’aider des paysans à subvenir à leurs besoins dans un cadre de proximité (Amap, paniers…), la production d’énergie renouvelable par des particuliers qui se réunissent parfois au sein de sociétés coopératives dynamisent l’écologie.

D : La COP 21 a permis un temps de mettre l’écologie au centre de l’actualité, mais s’agit-il d’un vrai succès ?

JLB : Personne n’aurait pu dire avant sa réalisation qu’elle serait une telle réussite. De cette réussite théorique, avec la signature d’un certain nombre de pays comme la Chine et les Etats-Unis, il reste désormais à passer au stade des réalisations. C’est là où les écolos divers et variés, présents dans de nombreuses formations politiques, peuvent agir. Ça va jusqu’aux Républicains avec Nathalie Kosciusko-Morizet ou l’UDI avec Chantal Jouanno en passant par le MoDem avec Yann Wehrling, et j’en passe. L’écologie est maintenant présente dans un certain nombre de formations politiques françaises. Ce sont des acquis qui sont pour moi, contrairement à ce que dit mon amie Cécile Duflot, des victoires de l’écologie politique.

D : Que pensez-vous du dernier quinquennat ?

JLB : La méthode employée et la communication, je le regrette, n’ont pas été formidables. J’attendais et j’attends toujours de François Hollande qu’il explique aux Français la complexité du monde dans lequel nous vivons. Avec la mondialisation, la France seule ne peut faire bouger les lignes. Un certain nombre de choses ont été réalisées mais ont été mal comprises par nos populations puisque le discrédit est très important. Je n’aime pas pour autant l’expression « ça va mieux » employée par un certain nombre de ministres. Je dis aujourd’hui « ça ne va pas plus mal » : la France s’en tire plutôt bien par rapport aux pays limitrophes et au reste du monde. Enfin, je ne me permettrais pas de critiquer la gestion par le gouvernement des attentats meurtriers qui ont frappé notre sol.

D : Que répondez-vous aux électeurs désabusés qui veulent voter Marine Le Pen pour « voir ce que pourrait faire l’extrême-droite au pouvoir » ?

JLB : Je leur dirais qu’on a déjà vu ça sous Pétain et de Laval et que ce n’était pas très brillant, c’est le moins que l’on puisse dire. En aucun cas, l’extrême droite, quelle que soit la modération que prône Marine Le Pen, ne peut répondre aux problématiques qui se posent à la société française. Mais c’est aussi valable au niveau de l’Union européenne : l’extrême droite gagne malheureusement des points dans de nombreux pays. Je peux comprendre la colère et le désabusement de ces gens mais non qu’ils songent à faire appel à une organisation d’extrême-droite pour répondre à leurs problèmes. Ce serait une rupture complète avec l’essence même de la République française.

Propos recueillis par Hippolyte Radisson                       

*Sondage Ifop Septembre 2016

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