Muhammad Najem, « J’ai révélé au monde les crimes d’al-Assad et Poutine »

20 mars 2018

International, Interview

Muhammad Najem a 15 ans. Il vit dans la Ghouta orientale, un bastion rebelle de Syrie. Sur les réseaux sociaux, Muhammad partage des vidéos face caméra  il dépeint le quotidien d’une vie sous les bombes et interpelle la communauté internationale. En exclusivité, Décryptages a pu recueillir son témoignage le lundi 19 mars via Twitter. Ne maitrisant pas l’anglais, il indique avoir été secondé par sa sœur.

Muhammad Najem

La Ghouta orientale est assiégée et bombardée par le régime de Bachar al-Assad, soutenu par la Russie. Plus de 1 400 civils y sont morts depuis le 18 février. Les rebelles, eux, tentent de viser Damas avec leurs roquettes et ont causé la mort de 50 personnes en un mois. 400 000 personnes vivent dans la zone, 70 000 ont déjà pu fuir via des corridors ouverts par l’armée. La trêve votée par le Conseil de sécurité de l’ONU n’a pas été respectée, les bombardements n’ont jamais cessé. Aujourd’hui, les forces syriennes ont repris 80 % de l’enclave. Avec des airs de victoire, Bachar Al-Assad s’est même rendu dans la zone dimanche 18 mars.

Décryptages : Qui es-tu ?

Muhammad Najem : Je m’appelle Muhammad Najem, je vis dans la Ghouta orientale avec ma famille. J’habite dans la ville d’Arbin, à moins de 10 kilomètres de la capitale, Damas.

Mon père est mort il y a deux ans. Il était en train de prier à la mosquée quand une bombe a été larguée sur le bâtiment.

D : Comment t’est venue l’idée de partager ces vidéos au milieu du chaos ?

MN : Je fais des vidéos pour montrer au monde comment nous vivons au cœur de ce conflit, qui a débuté il y a désormais 7 ans.

Je filme pour que vous vous rendiez compte de la vérité que tout le monde cache. Le monde devrait savoir ce qui se passe vraiment en Syrie.

Sur fond de bombardements, Muhammad Najem s’adresse à la communauté internationale : « Nous mourrons à cause de votre silence » (Capture d’écran, Youtube – Muhammad Najem)

Sur fond de bombardements, Muhammad Najem s’adresse à la communauté internationale : « Nous mourrons à cause de votre silence » (Capture d’écran, Youtube – Muhammad Najem)

D : Certains observateurs ont mis en doute l’authenticité de ton témoignage. Concrètement, comment se passent la préparation et le tournage de tes vidéos ?

MN : Ma sœur parle anglais, elle m’aide à traduire mes propos. Mon frère m’a appris à utiliser Twitter et Youtube pour publier mes vidéos.

C’est moi qui filme ces vidéos, personne ne peut le nier. Ce sont des images authentiques, je suis un témoin quotidien du bombardement de la Ghouta.

D : Au quotidien, comment vis-tu ?

MN : Il y a beaucoup de femmes, d’enfants et de personnes âgées là où je vis. Nous n’avons que très peu d’eau et de nourriture. On ne mange qu’un repas par jour.

Nous n’avons plus d’électricité depuis au moins quatre ans mais quelques personnes parviennent à générer de l’électricité grâce à de l’eau salée [énergie osmotique, NDLR]. C’est comme ça que j’arrive à recharger mon smartphone.

D : Qu’est-ce qui se passe quand vous entendez les avions arriver ?

MN : Il y a une dizaine de jours, les forces aériennes ont mené une violente salve de bombardements sur la zone. Tout le monde est allé se cacher dans les caves.

J’étais dans la rue, avec mes amis. On a entendu le bruit des avions, on a fui au plus vite vers les sous-sols. Mais Salim, un ami à moi, est retourné à sa maison, visée par les roquettes. Par miracle, il a survécu, mais sa petite sœur est morte.

Muhammad se fait prendre en photo, le fragment d’une bombe à sous-munitions à la main. (Capture d’écran, Twitter - @muhammadnajem20)

Muhammad se fait prendre en photo, le fragment d’une bombe à sous-munitions à la main. (Capture d’écran, Twitter – @muhammadnajem20)

D : Depuis plusieurs jours, des dizaines de milliers de personnes ont pu quitter la Ghouta orientale, vas-tu essayer de fuir toi aussi ?

MN : Les gens fuient les bombes par peur de la mort. Moi, je ne veux pas quitter ma terre d’origine. Je suis né et j’ai grandi ici. Je ne veux pas partir.

Bachar al-Assad et Poutine me tueraient si je quittais la Ghouta. J’ai révélé au monde leurs crimes, j’ai posté des vidéos sur les réseaux sociaux, c’est pour ça que j’ai peur. Je ne peux pas quitter mon abri.

Mais je ne suis pas le seul, personne autour de moi ne veut aller dans les zones contrôlées par al-Assad.

D : Comment était ta vie avant la guerre ? Et qu’envisages-tu pour l’avenir ?

MN : J’aimais beaucoup le football. Je me suis entraîné tous les jours à partir du moment où j’ai rejoint un club.

Plus tard, je veux continuer à suivre mes études. J’aimerais devenir reporter quand je serai grand. J’espère que la paix va l’emporter, et que la guerre va s’arrêter.

Propos recueillis par Hippolyte Radisson 

Cinq jours après cette interview, le 24 mars, Muhammad annonce sur Twitter qu’il va quitter la Ghouta et rejoindre la province d’Idlib au nord du pays. Les groupes armés de la Ghouta ont presque tous signé les accords d’évacuation imposés par la Russie. Ces accords leur permettent (ainsi qu’aux civils qui restaient) de partir en vie et de rejoindre la toute dernière enclave rebelle : celle d’Idlib. Quelques semaines après, la Ghouta orientale est entièrement reprise par le régime. Désormais à Idlib, Muhammad continue de poster photos et vidéos sur les réseaux sociaux pour dénoncer les exactions du régime syrien et de ses alliés. En novembre 2018, il indique être « en bonne santé » et « espérer pouvoir quitter la Syrie ». 

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